"Lorsque l’aberration des barrages et de l’occupation deviennent une réalité quotidienne, de simples concepts tels que l’amour et le mariage deviennent fiction. C’est la réalité de la vie en Palestine aujourd’hui, et je voulais la mettre à l’épreuve par le biais du cinéma.Dans un film, on essaye souvent de dompter la réalité pour créer la fiction, adapter les lieux et la temporalité à son désir. Mais le réel ne se laisse pas faire, surtout en Palestine. Dans ce film, il m’a semblé que le réel s’imposait à moi. Une lutte s’est alors engagée entre réalité et fiction, dans un pays où ce qui est normal semble absurde, et où l’absurdité est la norme. J’ai compris que je ne devais pas tricher dans ce combat, mais rester honnête pour le remporter. Je suis convaincu que lorsqu’on affronte sincèrement ses peurs, sa créativité, ses limites et celles de son environnement, alors l’instinct et la spontanéité ne nous laissent pas tomber. Bien qu’il n’y ait pas de gagnant, plonger dans cette bataille confuse s’est révélé une expérience extraordinaire. Vivre un jour de la vie d’une jeune palestinienne s’est transformé en une quête de réalité, de fiction, de beauté et de consolation, de passion, d’obsession, de confusion et d’honnêteté dans cet océan de choix et de compromis qu’est un film…et la vie. Je suis encore ému par le film. Je pleure, même après l’avoir vu une centaine de fois. "
Hany Abu-Assad
Rana est une jeune palestinienne de Jérusalem-Est. Son père la menace de l’emmener avec lui en Egypte si elle ne se décide pas à se marier avec l’un de ses prétendants. Rana, elle, se met à parcourir la ville à la recherche de l’élu de son cœur. On la suit tout au long de sa course à travers Jérusalem.Et Rana court. Elle court, se faufile entre les obstacles et défie une réalité invivable pour réaliser son rêve. Elle a 24 heures pour retrouver Khalil, réalisateur de théâtre, bloqué à cause des bombardements israéliens. Et pendant cette journée de folie, Rana passe aussi bien à travers les barrages militaires que les jets de pierre des enfants de l’Intifada. Il va lui falloir aussi trouver un fonctionnaire habilité à valider le mariage, convaincre les uns et les autres du bien-fondé de sa démarche… Mission impossible pour cette jeune Palestinienne, que l’on suit avec affection dans les ruelles en ruine de Jérusalem.Le mariage de Rana est signé par le Palestinien Hany Abu-Assad, qui dirige avec brio la fraîche Clara Khoury dans le rôle de Rana et Khalifa Natour dans celui de Khalil.
Intifada
Il représentait la Palestine, aux côtés d’Intervention divine, d'Elia Suleiman. Ce même film était aussi éclairé par l’actrice Manal Khader. Le Mariage de Rana a aussi un peu de “Cours, Lola” de Tom Tykwer, avec cette course contre la montre et pour l’amour. On pourrait dire que l’histoire d’amour en elle-même n’est qu’un prétexte pour parcourir Jérusalem comme une ville normale. Ville normale qu’elle n’est pas, évidemment. Le tournage a eu lieu du 19 octobre au 27 novembre 2001, à Jérusalem-Est et Ramallah, avec une équipe mixte néerlando-palestinienne et dans des conditions très difficiles, vu le contexte politique. D’ailleurs, quelques jours après la fin du tournage, les chars israéliens ont encerclé plusieurs villes des Territoires Occupés, dont Ramallah. De nombreux endroits et bâtiments utilisés lors du tournage ont été attaqués, bombardés, voire détruits pour certains. Dans ce chaos quotidien, que deviennent des valeurs comme l’amour ou des événements comme le mariage ? Si le film d’Abu Hassad milite pour une cause, c’est bien pour celle de l’amour et de l’espoir. Un flambeau que porte radieusement Clara Khoury.




Sur le site internet du film, six chapitres sont déclinés: "les femmes"; "le désir"; "le plaisir"; "la danse"; la musique"; "la politique". On le comprend: Dunia touche à des thèmes explosifs dans la culture arabe, tabous. L'histoire est celle de Dunia, superbement interprétée par Hanan Turk, étudiante qui prépare un doctorat sur la poésie arabe, tout en prenant des cours de danse moderne. Son professeur à l'université est Béchir, joué par Mohamed Mounir, qui aime passionnément la poésie arabe, sa femme, et l'amour. Les scènes d'amour entre le professeur et son épouse – amour conjugal, donc licite – sont d'un érotisme torride, tel qu'on ne l'a jamais vu dans aucun film arabe: même si l'on ne voit aucun sein nu, le cadrage – gros plan sur le torse nu de l'homme, sur le visage en extase de l'épouse – dégage une sensualité extrême. De même, Jocelyne Saab ose filmer une nuit de noces – le jeune époux caressant le corps de sa femme, et même si la main ne fait qu'effleurer l'étoffe blanche de la robe de mariée, et si l'on ne filme pas l'accouplement, comme on le voit si crûment dans bien des films occidentaux, cette manière de donner à voir l'intimité d'un couple n'avait jamais été montrée à l'écran dans le monde arabe.
